Le crime d’honneur : une violation à l’encontre des femmes

par Jeiran Rahmanian, Ph.D.

Le crime d’honneur est une violation des droits des femmes qui met en question leur vie pour des motifs sans fondement. La domination masculine, les préjugés, le fanatisme et l’analphabétisme sont des facteurs qui facilitent les violations des droits des femmes. Leur protection contre le crime d’honneur nécessite un grand respect pour ces droits fondamentaux.

Le crime d’honneur ne se limite pas à une région dans le monde, nous le trouvons dans presque toutes les cultures sous différentes formes. Les convictions religieuses et la discrimination font que, dans certains systèmes juridiques, les femmes manquent de protection juridique contre le crime d’honneur. En effet, l’histoire de la domination masculine est souvent approuvée par le système juridique.

Le concept du crime dit d’honneur est une notion complexe. Le crime peut être justifié par son instigateur comme une nécessité de protéger l’honneur de la famille. Malgré les efforts accomplis par les défenseurs des droits des femmes la multiplication des crimes dits d’honneur inquiète sérieusement la Communauté internationale.

On peut décrire le crime d’honneur comme un ensemble de violences commises sur les femmes au nom « de la fierté » de la famille et dont le meurtre est la forme la plus extrême. Le crime d’honneur est infligé par les membres masculins de la famille. Il s’agit de punir les femmes pour des raisons qui, du point de vue des hommes, sont illicites ou immorales. C’est un acte ayant pour vocation la sauvegarde de la fierté familiale. Cette punition est étroitement liée à la vengeance par le sang. Les femmes et  les filles peuvent être tuées pour divers comportements tels que : parler avec une personne de sexe masculin, avoir des relations sexuelles consenties hors mariage, être victime de viol,  vouloir demander le divorce ou refuser d’épouser un homme choisi par la famille, etc. (La diversité des comportements diffère d’un pays à l’autre).

Le concept d’honneur, du moins lorsqu’il est associé au crime est difficile à définir et varie selon le sexe. Une fois que nous constatons ce fait, nous découvrons la mauvaise interprétation du sens de l’honneur et « les nobles valeurs de la dignité et de l’ancienneté sont négligées. En effet, l’accent est

mis uniquement sur le corps de la femme et de sa virginité. Selon cette logique, la femme est un objet appartenant à l’homme qui assume la responsabilité de son comportement et de sa vie. Dans la plupart des cas, ce sont les traditions sociales qui conduisent à l’isolement de la femme dans sa maison. Il lui est nécessaire de couvrir l’ensemble de son corps afin de maintenir l’honneur de l’homme. Un homme honorable doit avoir une femme honnête. Le facteur majeur de cette théorie est que le corps de la femme est capable d’apporter de nouveaux membres à la famille, afin qu’elle puisse s’élargir et vivre plus longtemps. Ainsi, le corps de la femme est la propriété de son mari. Il lui incombe de le protéger et il n’y aura pas de confusion entre les familles dans la communauté. Les membres de la famille et plus particulièrement les hommes ont la responsabilité de défendre l’honneur de leurs femmes».[1]

Le crime d’honneur n’est pas un phénomène nouveau. C’est une pratique ancienne, enracinée dans un code complexe qui permet à un homme de tuer une femme pour un comportement et/ou un acte dit immoral. Il affecte un large éventail de religions et d’ethnies. Il est tout d’abord une discrimination sexuelle. Dans les sociétés où le crime d’honneur n’est pas pris en considération les États négligent leur responsabilité de protéger les femmes et de garantir leurs droits. Malgré le développement des droits de la personne et l’obligation des États de protéger ces droits, bons nombres ne respectent pas les obligations qu’ils ont pris en ratifiant la Convention contre toutes les Formes de Discrimination à l’égard des Femmes (CEDAW)[2] notamment l’article 5[3] qui contraint les États « à  modifier les comportements sociaux et culturels des hommes et des femmes».

La protection des femmes contre le crime d’honneur exige que les États assument leur responsabilité envers les femmes en appuyant les principes des droits humains, par exemple, le droit à l’égalité. Cette protection exige également que ces valeurs soient institutionnalisées par l’éducation des enfants – en l’occurrence des filles. Finalement, dans tous les systèmes nationaux, ce crime doit être considéré comme faisant partie d’un plus grand spectre de la violence contre les femmes, ainsi que d’une grave violation des droits de la personne.


[1] « Honor Killing: Killing of Women on the Basis of Family Honor », The Palestinian Human rights Monitor, Volume. 6, Issue 4, aout 2002, disponible sur: http://www.phrmg.org/monitor2002/Aug2002.htm

[2] «Convention contre toutes les Formes de Discrimination à l’égard des Femmes », disponible sur :

http://www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/text/fConvention.htm

[3] Article 5 : « Les États parties prennent toutes les mesures appropriées pour : a) Modifier les schémas et modèles de comportement socio culturelle de l’homme et de la femme en vue de parvenir à l’élimination des préjugés et des pratiques coutumières, ou de tout autre type, qui sont fondés sur l’idée de l’infériorité ou de la supériorité de l’un ou l’autre sexe ou d’un rôle stéréotypé des hommes et des femmes ; b) Faire en sorte que l’éducation familiale contribue à faire comprendre que la maternité est une fonction sociale et à faire reconnaître la responsabilité commune de l’homme et de la femme dans le soin d’élever leurs enfants et d’assurer leur développement, étant entendu que l’intérêt des enfants est la condition primordiale dans tous les cas ».

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